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jeudi 3 janvier 2008

- Ibn Khaldoun sociologue ou historien ?






A travers les actualités télévisées du Jeudi 19 mai 2006, j’ai vu le Roi Juan Carlos d'Espagne, en compagnie de grandes personnalités politiques méditerranéennes, en train d’inaugurer la grande exposition sur la vie et l'œuvre du penseur arabe Ibn Khaldoun à Séville en Andalousie.

J’ai commencé à méditer la pensée de cet érudit du XIVème siècle et j’ai eu la conception fictive suivante :
Pourquoi ne pas faire un entretien avec ce respectable monsieur ?

Alors, j’ai imaginé que je suis en train de m’entretenir avec Ibn Khaldoun :

-Bonjour Monsieur, dis-je.
-Bonjour mon enfant.
-A vrai dire vous êtes un sociologue ou un historien ?
-Vraiment c’est une question pertinente
-Vous savez, il y a des intellectuels qui vous qualifient d’historien, il y en a d’autres qui vous prennent pour un sociologue et il y a une troisième catégorie qui joignent les deux qualifications.
-Bon j’ai une idée et je vais vous la exposer de la façon suivante :

Partant de cette hypothèse qui va me situer au XIXème siècle, le moment où la sociologie est fondée comme science positive, cette science est le nouveau-né de la révolution industrielle. Moi, je n’ai aucune idée sur cette révolution autrement dit j’aurai du en parler dans la Muqaddima.

Cette situation ne m’alignera jamais avec les grands fondateurs de la sociologie : Auguste Comte, Karl Marx, Emile Durkheim et Max Weber. Eux, ils seront des géants, moi je serai devant eux un nain.

Ecoute mon enfant, moi je préfère l’autre hypothèse qui me fait retourner à mon époque du XIVème siècle. Durant mon époque, je serai un géant au lieu d’être un nain dans l’époque des autres.

Je serai géant parce que je suis le fondateur de la philosophie de l’histoire. C’est moi qui ai fait de l’histoire une science. Avant moi, l’histoire a été basée sur les contes des voyageurs. Elle a été soumise à la pensée religieuse traditionnelle conservatrice. Mais quand même, et on ne doit pas nier ça, je suis un précurseur de la sociologie du XIXème siècle.

-Merci Ibn Khaldoun pour ces clarifications, réplique-je.

- Ibn Khaldoun, la Méditerranée au XIVème siècle: essor et déclin des empires





Le 19 mars 2006, le monde arabo-musulman a commémoré le VIème centenaire de la mort d'Ibn Khaldoun.

Grand évènement à Séville:

En présence de représentants d'Etats et de gouvernements de haut niveau : Son Altesse Royale le Prince marocain Moulay Rachid, le chef de l'Etat égyptien Hosni Moubarak, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika , le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero et autres, le Roi Juan Carlos d'Espagne et la Reine Sofia ont inauguré le 19 mai 2006 à Séville (Andalousie), la grande exposition sur la vie et l'œuvre du penseur arabe Ibn Khaldoun.

La ville andalouse de Séville abrite au Palais du Real Alcazar , lieu où Ibn Khaldoun a tenu une entrevue avec le Roi de Séville Pierre Ier, du 19 mai 2006 jusqu’au 30 septembre 2006, une grande exposition sur la vie et l’oeuvre d'Ibn Khaldoun et sa contribution au rapprochement entre les mondes arabo-musulman et européen.

Cette exposition sera sous le signe "Ibn Khaldoun, la Méditerranée au XIVème siècle : Essor et déclin des empires". Ses organisateurs veulent mettre en avant, à travers une centaine de pièces venant de plusieurs pays de la Méditerranée, le rôle historique joué par Séville et l’Andalousie en général, comme lieu de rencontres symboliques entre le passé, le présent et le futur.

Donc, qui est Ibn Khaldoun ?

A travers ses écrits, ses réflexions, ses voyages, ses responsabilités d'Etat et ses emprisonnements, Ibn Khaldoun est un pluridisciplinaire et une encyclopédie du XIVème siècle :
Historien, philosophe, précurseur de la sociologie, juge, enseignant, poète, aussi bien qu’homme politique.

Identification :

Ibn Khaldoun, était un maghrébin, né à Tunis le 27 mai 1332, mort au Caire le 19 mars 1406. Son nom complet Abu Zayd Abd al Rahman ibn Mohammed Al Hadrami ibn Khaldoun . Il est issu d’une famille de lettrés et hauts fonctionnaires, originaire du Yémen et précédemment installée en Andalousie. Il reçoit une éducation soignée et suivie.

A la Grande Mosquée al Zaytuna Ibn Khaldoun a étudié des textes sacrés relatifs aux sciences coraniques, linguistiques, le hadith (recueil des actes et des paroles du prophète Mahomet) et le fiqh (le droit musulman.

Il a étudié les œuvres d’Avicenne (980-1037, connu dans le monde musulman sous le nom d'Ibn Sina, philosophe et médecin persan, l’un des plus grands noms de la philosophie islamique et l’avicennisme se situe au carrefour de la pensée orientale et de la pensée occidentale) et d’Averroès (1126-1198, connu sous le nom arabe d'Ibn Ruchd, philosophe médiéval islamique, médecin, juriste malékite et théologien acharite).

Il s’est rendu à Fès pour parachever sa formation intellectuelle et sera le disciple d’Ibn Abdeslam Al Fassi.
En 1354, il se marie avec une fille de famille influente.

Son époque :

Il a vécu au XIVème siècle qui fut, sans doute, une mauvaise époque pour l’humanité selon l’expression de Jerónimo Páez López.

Indicateurs historiques:

Le nouveau monde (ou l’Amérique) n’a pas été encore découvert.
En Europe féodal, en plus de l’épidémie de la peste noire et des dépressions économiques, cent ans de guerre ont opposé les deux grandes puissances européennes de la fin du Moyen Âge, l'Angleterre et la France.

En Orient, le despote Tamerlan, cruel mongol, s’est taillé un empire s’étendant de l’Inde à la mer Méditerranée. Il a battu Bajazet Ier, sultan Ottman à Angora.
Le Maghreb est déchiré par les rivalités dynastiques.

Quant à la religion : Le seul principe est Dieu a fait don de la création aux hommes pour que les forts dominent les faibles.

Sur le plan intellectuel : Plusieurs penseurs précurseurs et réformateurs européens (Guillaume d'Ockham, John Wycliff , Jean Hus) ont été condamnés par l'Église parce qu’ils ont refusé l'Église-Institution et ont proposé une vision radicalement nouvelle de l'Église.

Ibn Khaldoun était le contemporain d’ Ibn Khatib (1313-1374), philosophe d'une grande renommée avec qui il a noué des relations privilégiées, de Jean Froissard (v. 1337-1400), chroniqueur français, Pétrarque (1304-1374), poète et humaniste italien, Boccace (1313-1375), poète et humaniste italien, Bertrand Du Guesclin (1320-1380), connétable de France, une des grandes figures de la guerre de Cent Ans.

Indéniablement, ce siècle est à inscrire sur le tableau noir de l’histoire. C'était sans doute un siècle de décadence totale à l'échelon mondial, que ce soit en Occident qu’en Orient.

Sa marche Historique : A ce moment là, Ibn Khaldoun vivait en Afrique du Nord, grand carrefour du commerce médiéval.
On peut le situer à deux niveaux, l’un complète l’autre.

Le niveau professionnel :Il a assumé de hautes fonctions d’Etat, politiques, religieuses et intellectuelles (secrétaire à Tunis, secrétaire principal à Fès, cadi Malékite, Premier Ministre à Bougie, prédicateur à la grande mosquée d'El Qaçaba, professeur à Tunis. Grand Cadi Malékite au Caire). Signalons qu’il a été toujours l’objet de l’hostilité de certains courtisans des Emirs. Ce qui lui a occasionné souvent son jet en prison.

Le niveau de la recherche scientifique : Il a été un précurseur médiéval de l'histoire des civilisations. Il fut l’un des plus grands penseurs arabes, d'une grande importance culturelle, politique et économique.

On regrette qu'il soit pourtant méconnu par beaucoup de personnes. Voire même on doit se rappeler qu’il y a peu temps qu’il a été rejeté par certains écrivains et publicistes arabes et en priorité Taha Hussein (1889-1973), le grand littéraire égyptien. En 1917, Taha Hussein a décroché de la Sorbonne son deuxième doctorat grâce à sa thèse "Etude Analytique et critique de la philosophie sociale d'Ibn Khaldoun" où il l'a traité de menteur, d’opportuniste, de prétentieux et surtout de "chu’ûbi berbère".

Par contre, au même moment, tous ses commentateurs et en particulier les européens disent que sa méthode d'analyse des phénomènes sociaux et politiques est en avance de plusieurs siècles sur la pensée européenne à la fin du Moyen Âge.

C’est ainsi que, dans ces récits de l’histoire des arabes, P K Hitti a affirmé qu’ "Ibn Khaldoun a été le plus grand philosophe et historien que l’Islam ait jamais produit et l’un des plus grands de tous les temps".

De même Georges Marçais a déclaré que "l’œuvre d’Ibn Khaldoun est un des ouvrages les plus substantiels et les plus intéressants qu’ait produit l’esprit humain".

Aussi, dans son œuvre maîtresse, une monumentale Étude de l’histoire (12 volumes, 1934-1961), Toynbee, Arnold Joseph (1889-1975), historien britannique, créateur du concept de révolution industrielle, a souligné qu’Ibn Khaldoun a "conçu et formulé une philosophie de l'Histoire qui est sans doute le plus grand travail qui ait jamais été créé par aucun esprit dans aucun temps et dans aucun pays".

Voilà encore Yves Lacoste (1929- ), géographe français, fondateur de la revue Hérodote (1976), spécialiste du sous-développement et du tiers-monde, a composé l’ouvrage "Ibn Khaldoun, naissance de l’histoire du tiers-monde" et a affirmé que " L’œuvre d’Ibn Khaldoun marque la naissance de l’Histoire en tant que sience…".

Tous ces connaisseurs en matière d’histoire se sont mis d’accord pour attester que notre homme est à la fois philosophe et historien. Et pourquoi ne pas affirmer que c’est le seul et unique fondateur de la philosophie de l’Histoire.

La Muqadimma se définit par Ibn Khaldoun et Ibn Khaldoun se définit par la Muqadimma :

Après son décès, toute son oeuvre est tombée dans l'oubli. Et ce n'est qu’en 1806 que Sylvestre de Sassi publia quelques extraits de la Muqaddimma suscitant ainsi l’intérêt unanime des Occidentaux. A ce moment là, le monde arabe a commencé à comprendre l’intérêt et l’originalité de l’œuvre khaldounienne.

D'autre part, la Muqaddima a été traduit dans son intégralité sous le nom de Prolégomènes en français et commentés par William Mac Guckin (1801-1878), Baron de Slane, membre de l’Institut.

Dans la Muqadimma, introduction en trois volumes de son Kitab al-'Ibar (Histoire des Arabes, des Persans et des Berbères), Ibn Khaldoun écrit: "J'ai suivi un plan original pour écrire l'Histoire et choisi une voie qui surprendra le lecteur, une marche et un système tout à fait à moi (...) en traitant de ce qui est relatif aux civilisations et à l'établissement des villes".

N’oublions pas qu’il s'est établi de 1375 à 1378 dans une forteresse appartenant à son protecteur Wanzammar, la Qalaa d'Ibn Salama située sur un piton à proximité de Taghazout aux environs de Frenda où il composait la Muqadimma et une partie de l'Histoire des Berbères, c’est un travail qui a duré quatre années successives et qui até achevé à Tunis.

Il a la méthode d’Aristote: avant de théoriser, il critique ses précurseurs. C’est un homme rationnel qui rejette toute explication théologique conservatrice et traditionnelle. Il a constaté que la majorité des anciens historiens n’ont raconté que des choses qui n’ont rien à voir avec l’histoire en tant que science. Un travail qui n’est pas rationnel, automatiquement n’est pas un travail scientifique.

Dans la Muqadimma (Prolégomènes), introduction méthodologique à l’histoire, Ibn Khaldoun élabore une philosophie de l’histoire et une théorie de la société dont on ne trouve aucun équivalent dans l’Antiquité ou le Moyen Âge.

Selon lui, l’histoire, qui ne saurait être envisagée comme une suite d’événements, doit plutôt être tenue pour une invitation à la méditation. Cette réflexion permet de mettre en relief la cohérence des faits historiques et non pas seulement leur succession.

Ibn Khaldoun pense que les sociétés doivent leur existence au pouvoir de la cohésion sociale, la assabiyya (Patriotisme, Esprit de parti), pouvoir lui-même soutenu par la force unificatrice de la religion. Pour lui, les évolutions sociales, de même que l’émergence et la chute des sociétés, sont régies par des lois qui échappent aux hommes.

Il a introduit la notion d'histoire cyclique fondée sur des facteurs séculiers engendrés par l'affaiblissement naturel des générations sédentarisées, héritières des conquérants nomades, mais que la richesse et le mode de vie urbain entraînent dans un cycle inexorable de décadence.

mercredi 2 janvier 2008

- Omar Al Khayyâm et la goutte d'eau





Avec la traduction du perse en arabe du poète égyptien Ahmed Rami et la composition du grand musicien égyptien Ryad Es Sanbati, la célèbre chanteuse égyptienne Oum Kaltoum a chanté une chanson qui s’intitulait «Rubayât Al Khayyâm».

Rubayât Al Khayyâm exprimait la pensée spirituelle, la philosophie et les plaisirs de Omar Al Khayyâm.
La chanson comprend soixante vers mais ce qui m’intéresse ce sont les cinquante troisième et cinquante quatrième vers :
« Si la goutte d’eau se détache de sa mer
C’est dans son fond qu’elle prenne fin
»

Pour expliquer ces deux vers dont le poème est traduit à plusieurs langues dont l’arabe, il faut se mettre à la place de celui qui l’a conçu, Omar Al Khayyâm.

Alors qui est Omar Al Khayyâm ?

Omar Al Khayyâm (1050- 1123), mathématicien, physicien, astronome, philosophe, médecin et poète persan, auteur de l'une des œuvres poétiques les plus célèbres au monde, les Robayat.

Né à Nichapour (aujourd'hui en Iran), Omar Al Khayyâm (ou Umar Al Khayyâm) signait ses ouvrages du nom de Omar ibn Ibrahim Al Khayyâmi, ce qui signifie « Omar le fabricant de tentes ».

Astronome de la cour du sultan seldjoukide Jalal al-Din Malik Chah, il participa, avec d'autres scientifiques, à la réforme du calendrier persan, qui aboutit à l'adoption d'une nouvelle ère, l'ère de Seljuk ou jalaléenne.

Al Khayyâm fut aussi un disciple du médecin et philosophe Avicenne. Ses écrits sur l'algèbre, la géométrie et des sujets connexes nous montrent qu'il fut aussi l'un des mathématiciens les plus illustres de son époque.

En Occident, il fut surtout connu pour son œuvre poétique, notamment ses Robayat : environ mille de ces quatrains épigrammatiques lui sont attribués.
Al Khayyâm leur donna une tonalité satirique, pessimiste et épicurienne, tout en conservant un style lyrique.
Le poète et traducteur anglais Edward Fitzgerald fut le premier à révéler à l'Occident l'œuvre poétique de Al Khayyâm, grâce à la traduction qu'il fit, en 1859, d'une centaine de ces quatrains.

Cela n’est qu’un bref aperçu sur cet érudit du moyen âge, alors une chose est sûre c’est que je ne peux pas expliquer sa conception compte tenu de son érudition dont je suis très loin et aussi de son époque qui est passé de presque de dix siècles. Mais je ferai un effort au moins de comprendre la finalité des deux vers cités ci-dessus.

Pour ce faire, je vais travailler sur deux canaux, l’un météorologique basé sur l’observation, l’autre philosophique reposant sur la spiritualité.

Le canal météorologique :

Je vais reprendre les deux vers en question :
« Si la goutte d’eau se détache de sa mer
C’est dans son fond qu’elle prenne fi
n »

La goutte d’eau se détache de sa mer en s’évaporant. Et elle revienne à sa source en ruisselant en surface jusqu’aux rivières, qui vont toutes jusqu’aux océans.
Alors, selon les règles du jeu de la météorologie la transition du détachement au retour à la mer demande quatre étapes.

Etape 1 : Comment s’évapore l’eau de la surface de la mer ?

L’évaporation totale (appelée évapotranspiration) est la somme des évaporations de la mer, du sol, de la végétation, et de la sublimation (transformation de la glace en vapeur d’eau) de la glace des régions polaires. Cette évaporation dépend de la température de l’air, de la vitesse du vent, du type de sol et de la végétation.
L’évaporation est très faible près des pôles, mais elle est beaucoup plus importante près de l’équateur. Le phénomène de l’évaporation est essentiel car il permet à l’eau d’aller vers l’atmosphère pour former les nuages.

Etape 2 : Comment se forment les précipitations?

La vapeur d’eau des nuages se condense dans l’atmosphère pour former les précipitations. Ces précipitations tombent sur les mers et sur la surface terrestre sous différentes formes. Lorsque que les fines gouttelettes d’eau des nuages sont suffisamment grosses, elles tombent : il pleut. Si les nuages rencontrent des courants d’air froid, la vapeur d’eau des nuages se transforme en eau solide : il neige ou il grêle.

La quantité des précipitations varie sur le globe terrestre de quelques millimètres par an dans les déserts (comme le désert du Sahara) à plusieurs mètres près de l’équateur. Cette répartition des précipitations sur la Terre est principalement due aux mouvements des vents qui sont étudiés en météorologie.

Etape 3 : Comment ruisselle l’eau sur la terre ?

L’eau qui ruisselle à la surface de la Terre provient soit des eaux de pluie, soit des eaux de fonte des glaciers. Cette eau ruisselle en surface jusqu’aux rivières, qui vont toutes jusqu’aux océans. Une autre partie de cette eau s’infiltre dans le sol et ruisselle dans les roches de la Terre.

Ce ruissellement dans le sous-sol alimente les nappes d’eau souterraines, appelées nappes phréatiques ou nappes aquifères. Celles-ci jouent un rôle essentiel pour l’homme, puisqu’elles constituent d’énormes réservoirs d’eau potable.

Etape 4 : A quels endroits est stockée l’eau ?

L’eau peut être momentanément stockée dans quatre endroits :
– dans les mers et les océans (97 % de l’eau totale sur Terre), où l’eau est salée ;
– dans le sous-sol, où les eaux sont souterraines (0,06 %) ;
– dans l’atmosphère, où l’eau se trouve sous forme de vapeur d’eau (0,001 %) ;
– dans les calottes polaires (Antarctique, Groenland) et les glaciers, où l’eau est douce et sous forme de glace (2 à 3 %).

Avec cette compréhension météorologique, on peut affirmer que notre homme a expliqué la météorologie en deux vers. Mais là on est sur la compréhension apparente de la goutte d’eau et de son itinéraire cyclique. Alors, j’ai l’impression qu'Omar Al Khayyâm visait aussi un côté caché de la chose, c’est le côté spirituel.

Le canal spirituel :

Je reprends d’abord mes deux vers comme référence :

« Si la goutte d’eau se détache de sa mer
C’est dans son fond qu’elle prenne fin
»

Ensuite, je pars d’une hypothèse qui veut dire « car tu es de la terre tu reviendras à la terre ».
Cette hypothèse est affirmée par les saints livres, la Bible et le Coran d’après mes modestes recherches.

C’est ainsi que la Bible et d’autres textes sacrés, semble-t-il, lient l’origine de l’homme à l’eau et à l’argile. Ainsi dans la Genèse, l’homme est façonné par Dieu à partir d’argile. Même le Coran énonce dans la sourate 23-12:

"Nous avons certes créé l'homme d'un extrait d'argile…. »

En ajoutant à ces affirmations les résultats du développement de l’archéologie qui est la recherche et l’étude scientifique des vestiges humains du passé, des études et expériences faites sur des fossiles ont montré que l’origine de l’os humain est de l’argile. Alors lorsque l’Homme meurt, il ne reste de lui que l’os. Donc cet Homme qui a commencé à partir de l’argile finira par son retour à son origine, l’argile.

Et cette dernière affirmation coïncide avec l’idée spirituelle de Omar Al Khayyâm à travers les deux vers, chaque chose revient à son origine. Il veut par là nous rappeler la mort qui nous attend, nous sommes venus de la terre et notre tombe est sur la terre.

Donc si on boit de l’eau ou on prend une douche ou on se baigne dans la rivière ou dans la mer ou on voit la pluie qui tombe, on doit se rappeler ces deux vers d’ Omar Al Khayyâm car ils reflètent notre origine et ce qui nous attend.

lundi 31 décembre 2007

- Naguib Mahfouz





Un évènement triste :

Le mercredi 30 août 2006 est un jour triste non pour les intellectuels arabes seulement, mais triste aussi et malheureux pour tous les intellectuels du monde, même ceux d’Israël.

Oui, ce jour là, de mercredi, Naguib Mahfouz, est mort, a annoncé son médecin, le Dr Hossam Mowafi. Il était âgé de 94 ans. Mahfouz est décédé dans un hôpital public de la capitale égyptienne des suites d'une insuffisance rénale, d'une pneumonie et de problèmes liés à son âge avancé.
Les obsèques ont eu lieu jeudi à midi, dans la mosquée Al-Rashdan du Caire qui accueille de nombreuses funérailles de personnalités à qui l'on rend les honneurs militaires.

Ce même jour de la mort du défunt, plus de 120 articles parlent de Naguib Mahfouz, rien qu’en langue française.

Alors, qui est Naguib Mahfouz ?

Il n'a été reconnu que dans les années cinquante après la parution d'un énorme roman de 1.500 pages, «La Trilogie».
C’est le premier écrivain arabe à obtenir le Prix Nobel de Littérature en 1986, l'une des plus grandes figures de la littérature égyptienne et arabe et pourquoi ne pas dire universelle ?

Son style a fait école dans la littérature arabe moderne, nombreux sont les écrivains qui s'en sont inspirés pour apporter du sang neuf à l'écriture romanesque. Son disciple Jamal Ghitani affirme «être, avec d'autres, sortis du manteau de Mahfouz». L'écrivain s'est dit l'héritier des Egyptiens Taha Hussein, Mohammed Hussein Haykal ou Tawfiq al-Hakim.

Cet écrivain égyptien est né au Caire en 1911, Il aura ouvert dans les lettres un espace de fiction romanesque qui fait de lui le véritable instaurateur du roman arabe. Son œuvre, qui s'étend sur plus d'un demi-siècle, est, dans cette aire linguistico-culturelle, la première qui soit exclusivement consacrée à la fiction romanesque, dont elle aura, avec un grand bonheur narratif, exploré les techniques et les modes les plus variées.

Il y a lieu d’affirmer que malgré que Naguib était cible en 1994 d'une tentative d'assassinat par un islamiste, Mahfouz a toujours prôné la tolérance et la modération. Depuis cette date, il était paralysé de la main droite et devait dicter ses textes. Ce geste de ce grand écrivain est un symbole de sacrifice vis-à-vis à la continuation de la connaissance humaine.

Ses écrits

Au cours de sa carrière qui s'étend sur près de soixante ans, il a publié plus de 50 romans et recueils de nouvelles:
• 'Abath al-aqdâr, roman 1939 (trad. française La Malédiction de Râ, 1998)
• Radôbîs, roman 1943 (trad. française L'Amante du pharaon, 2005)
• Kifâh Tîba (Le combat de Thèbes), roman 1944
• Al-Qâhira al-jadîda, roman 1945 (trad. française La Belle du Caire, 2000)
• Khân al-Khalîlî, roman 1946 (trad. française Le Cortège des vivants : Khan al-Khalili, 1999)
• Zuqâq al-midaqq, roman 1947 (trad. française Passage des Miracles, 1970)
• Hams al-junûn (Le murmure de la folie), nouvelles, 1947
• Al-Sarâb, roman 1948 (trad. française Chimères, 1992)
• Bidâya wa-nihâya, roman 1949 (trad. française Vienne la Nuit, 1996)
• La Trilogie du Caire :
o Volume I : Bayn al-Qasrayn, roman 1956 (trad. française Impasse des Deux-Palais, 1987)
o Volume II : Qasr al-Chawq, roman 1957 (trad. française Le Palais du désir, 1987)
o Volume III : Al-Sukkariyya, roman 1957 (trad. française Le Jardin du passé, 1989)
• Awlâd hâratinâ, roman 1959 (trad. française Les Fils de la médina, 1991)
• Al-Liss wa-l-kilâb, roman 1961 (trad. française Le voleur et les chiens, 1985)
• Al-Simmân wa-l-Kharîf (Les cailles et l'automne), roman 1962
• Dunya Allâh, nouvelles 1962 (trad. française Le Monde de Dieu, 2000)
• Al-Tarîq, roman 1964 (trad. française La Quête, 1997)
• Bayt sayyi' al-sum'a (Une maison mal famée), nouvelles 1965
• Al-Chahhâdh, roman 1965(trad. française Le Mendiant, 1997)
• Tharthara fawq al-Nîl, roman 1966 (trad. française Dérives sur le Nil, 1989)
• Mîrâmâr, roman 1968 (trad. française Miramar, 1990)
• Khammârat al-Qitt al-Aswad (Le cabaret du Chat Noir), nouvelles 1969
• Tahta al-Midhalla (Sous l'abri), nouvelles 1969
• Hikâya bi-lâ bidâya wa-lâ nihâya (Histoire sans commencement ni fin), nouvelles 1971
• Chahr al-'asal (La lune de miel), nouvelles 1971
• Al-Marâyâ, roman 1972 (trad. française Miroirs, 2001)
• Al-Hubb taht al-matar (L'Amour sous la pluie), nouvelles 1973
• Al-Jarîma (Le Crime), nouvelles 1973
• Al-Karnak (Karnak), nouvelles 1974
• Hikayât hârati-nâ, récits 1975 (trad. française Récits de notre quartier, 1988)
• Qalb al-Layl (Au cœur de la nuit), nouvelles 1975
• Hadrat al-muhtaram (Son Excellence), roman 1975
• Malhamat al-harafîch, roman 1977 (trad. française La Chanson des gueux, 1989)
• Al-Hubb fawq hadabat al-haram, nouvelles 1979 (trad. française L'Amour au pied des pyramides, 1997), 1979
• Al-Chaytan ya'izh (Satan prêche), 1979
• 'Asr al-hubb (Le temps de l'amour), 1980
• Afrah al-Qubba (Les noces de Qobba), 1981
• Layâli Alf Layla (trad. française Les Mille et Une Nuits, 1997), 1982
• Ra'aytu fi-mâ yarâ al-nâ'im (J'ai vu dans mon sommeil), nouvelles 1982
• Al-Bâqi min al-zaman Sâ'a (Heure H-1), nouvelles 1982
• Amâm al-'arch (Devant le trône), roman 1983
• Rihlat Ibn Fattouma (Le voyage d'Ibn Fattouma), roman 1983
• Al-Tanzhîm al-sirrî (L'organisation secrète), nouvelles 1984
• Al-'A'ich fî l-haqîqa, roman 1985 (trad. française Akhénaton le Renégat, 1998)
• Yawma qutil al-za'îm, roman 1985 (trad. française Le Jour de l'assassinat du leader, 1989)
• Hadîth al-sabâh wa-l-masâ', roman 1987 (trad. française Propos du matin et du soir, 2002),
• Sabâh al-ward, roman 1987 (trad. française Matin de roses, 1998)
• Quchtumar, roman 1988
• Al-Fajr al-kâdhib (L'Aube trompeuse), nouvelles 1989
• Asdâ' al-sîra al-dhâtiyya, récits 1996 (trad. française Echos d'une autobiographie, 2004)

Hommages internationaux

Compte tenu de l’importance de notre homme, des hommages internationaux à son âme :

- Le président égyptien Hosni Moubarak a souligné que les romans du Prix Nobel de littérature 1988 exprimaient "les valeurs communes à l'humanité (...), les valeurs de la tolérance, contre l'extrémisme".

- S.M. le Roi Mohammed VI, Roi du Maroc a adressé un message de condoléances au Président égyptien, Mohamed Housni Moubarak.
Dans ce message, S.M. le Roi présente au Président égyptien et, à travers lui, à la famille du défunt et au peuple égyptien frère, ses vives condoléances et sa compassion pour la mort de l'une des figures emblématiques de l'Egypte et de la Oumma arabe, qui s'est distinguée au niveau international par sa créativité, couronnant son riche parcours par l'obtention du Prix Nobel de littérature.
S.M. le Roi prie Dieu d'avoir le défunt en Sa Sainte Miséricorde et d'accorder à sa famille patience et réconfort.

- Le président français Jacques Chirac a rendu hommage mercredi à cette "grande figure de la littérature mondiale" et "ce créateur hors du commun". "Par son œuvre, Naguib Mafouz a dépeint avec cœur, finesse et réalisme la société égyptienne. Premier écrivain arabe à recevoir le prix Nobel de littérature en 1988, il donna une notoriété universelle aux lettres égyptiennes et au vieux Caire de son enfance", selon le président français.

- Le président américain George W.Bush a salué "cet extraordinaire auteur" dont les écrits "surpassent tous les stéréotypes et pénètrent au plus profond de la vie des Egyptiens et de l'humanité tout entière".

- Le Premier ministre français Dominique de Villepin a salué mercredi un homme dont l'œuvre et la vie "furent et resteront pour ses pairs un encouragement constant et exemplaire à refuser toutes les formes d'intimidation".

- Le ministre israélien de la Culture Ophir Pines a adressé mercredi un télégramme de condoléances à son homologue égyptien Farouk Hosni rendant hommage à l'Egyptien Naguib Mahfouz.
Il a souligné dans ce message les qualités de "grand écrivain" de Mahfouz, selon une porte-parole du ministère.
Il a rappelé son "soutien au processus de paix" avec Israël et le "prix que cela lui a coûté" en allusion aux attaques dont il fut l'objet dans son pays.
Mahfouz avait été l'un des rares intellectuels égyptiens et arabes à avoir approuvé les accords de paix entre l'Egypte et Israël en 1979, ce qui lui a valu de nombreuses critiques de la part d'écrivains et intellectuels en Egypte. Et en plus, en raison de ses positions sur Israël, son œuvre a été boycottée dans nombre de pays arabes.

- Le gouvernement allemand a rendu hommage au "grand penseur et écrivain extraordinaire" que fut l'Egyptien Naguib Mahfouz.
"Nous pleurons un grand penseur et un écrivain extraordinaire" qui "a de nombreuses fois utilisé la force des mots pour réclamer la justice, la liberté, la sécurité, l'amour et le bien-être de tous les hommes sur cette terre", a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier dans un communiqué.
"Il a combattu les restrictions politiques de manière admirable avec beaucoup de courage et de cœur", a ajouté le ministre, estimant que le lauréat du prix Nobel de littérature 1988, "lui-même victime des fondamentalistes religieux, était une voix importante dans le dialogue avec le monde islamique".
"Sa détermination à œuvrer pour la paix, son engagement permanent pour une compréhension entre les cultures et pour la tolérance entre les religions méritent notre plus grand respect et nos plus grands remerciements", a conclu le ministre.

- L'écrivain marocain Tahar Ben Jelloun a souligné que "ce visionnaire courageux" a été "comme Balzac et Zola, comme Tolstoï et Faulkner, témoin de son époque, témoin à l'écoute de son peuple, celui qu'il côtoyait quotidiennement dans sa rue, dans son café".

- Le romancier égyptien Sonallah Ibrahim a estimé que "Naguib Mahfouz est pour le roman arabe ce que sont les pyramides pour l'Egypte", soulignant que "chacun de ses romans constitue une nouvelle expérience littéraire".

- Son éditeur français chez Actes Sud, Farouk Mardam-Bey, a rappelé que Naguib Mahfouz était "le vrai père fondateur du roman arabe dans sa forme moderne. Il a donné l'impulsion à partir des années 40. Une nouvelle génération d'écrivains s'est réclamée de lui et lui est restée fidèle."

Naguib Mahfouz n’est pas mort

Enfin, à vrai dire Naguib Mahfouz n’est pas mort. C’est son corps qui nous a quittés pour toujours. Mais, sa production littérature, nous l’avons hérité selon la loi intellectuelle : la connaissance est universelle. Cette connaissance est sans frontières, elle n’a pas de nationalité, elle n’est soumise ni à aucune religion ni à aucune politique. C’est l’héritage de toute l’humanité. Et disons ensemble que Dieu ait l’âme du défunt et l’âme et de tous les intellectuels qui nous ont laissé des héritages de la même nature.